Chiffrer un chantier efficacement

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Le chiffrage d'un chantier est indissociable du métier d'artisan du bâtiment. Ne pas savoir chiffrer un chantier, c'est risqué d'être déficitaire, ou au contraire de faire fuir les clients à cause de tarifs excessifs. Alors, comment chiffrer un chantier quand on est professionnel du BTP ? Place des Chantiers vous donne quelques clefs pour établir vos devis travaux rapidement et efficacement.
Chiffrer un chantier

Il faut bien comprendre que le chiffrage d’un chantier n’a rien d’évident. Et pourtant, il est impossible de devenir un artisan du bâtiment indépendant sans passer par la case du chiffrage. Tout professionnel du bâtiment passe en effet une partie de son temps à établir des devis travaux, et donc à chiffrer des chantiers. Mais comment être certain de bien chiffrer un chantier de particulier ou de professionnel ?

La difficulté du chiffrage d’un chantier

Si beaucoup de particuliers imaginent qu’établir un devis ne prend que quelques minutes, chiffrer un chantier de rénovation ou de construction peut en réalité vite devenir un parcours du combattant. Et pour cause, établir le budget d’un chantier nécessite de prendre en compte des éléments complexes :

  • Le taux horaire et les frais de main d’oeuvre, qui varient en fonction de la masse salariale et des salariés présents sur le chantier.
  • Le coût des fournitures, qui peut varier en fonction des conjonctures et des besoins du client.
  • Les imprévus, qui sont pratiquement systématiques sur les chantiers qui s’étalent dans le temps.
  • Les frais liés à l’achat ou à la location de matériel, d’engins et d’outils.
  • Les charges et autres frais complémentaires, notamment liés aux assurances ou aux charges de structure.

Autrement dit, chiffrer un chantier ne s’improvise pas ! En plus de réaliser préalablement une étude de marché BTP, pour être certain de la pertinence de votre projet, vous allez devoir apprendre à estimer le prix d’un chantier de manière efficace.

Comment chiffrer un chantier ?

De manière à établir le « coût de revient » d’un chantier, il est important d’avoir une vision claire de ce dernier. Voilà pourquoi il est essentiel d’établir un devis travaux en vous rendant sur les lieux du chantier. Ceci fait, vous devez prendre en compte deux éléments principaux pour calculer vos coûts : le prix de la fourniture, et le coût de la main d’oeuvre.

Chiffrer les fournitures dans le BTP

Le chiffrage des fournitures peut s’avérer difficile sur un gros chantier, mais il est essentiel de le réaliser correctement. Ce chiffrage doit comprendre tous les achats nécessaires à la réalisation du chantier :

  • Équipements (radiateur, fenêtres, WC, etc.),
  • Fournitures (visserie, tuyaux, câble électrique, etc.),
  • Revêtements (peinture, carrelage, plancher, etc.).

Fiez-vous ensuite aux tarifs de votre fournisseur pour calculer le coût total des fournitures. À ce budget total, appliquez votre marge sur les matériaux pour déterminer le coût total des fournitures, tel qu’affiché sur le devis. Cette marge est située en moyenne entre 10 et 30 %. Plus votre fournisseur vous fait des tarifs bas, et plus vous serez à même d’appliquer une marge importante sur les fournitures.

Si vous êtes artisan auto-entrepreneur, il peut être intéressant de demander à vos clients d’acheter les fournitures, sans quoi vous devriez payer des charges sur le coût des fournitures, ce qui réduirait votre marge.

Dans le cas où le prix des fournitures varie rapidement, pensez à indiquer une date de validité courte sur vos devis. Cela évitera que vous soyez pénalisé si le prix des fournitures augmente entre l’édition du devis et sa signature.

L’astuce des pros : selon votre activité, il peut être intéressant de pré-chiffrer des chantiers types. Un électricien aura intérêt à préparer à l’avance le chiffrage pour la pose d’un tableau électrique ou d’une prise d’électricité.

Chiffrer son tarif horaire sur un chantier

En plus des fournitures, il faut bien entendu chiffrer le coût de pose, c’est-à-dire les coûts liés à la main d’oeuvre sur le chantier. Si vous travaillez seul, votre taux horaire doit correspondre à celui de votre profession. Pour exemple, le taux horaire d’un peintre est généralement inférieur au tarif horaire d’un plombier ou d’un électricien.

En moyenne, le taux horaire d’un artisan est situé entre 20 et 80 € HT. Le tableau suivant vous indique les taux horaires moyens appliqués par profession (il est conseillé de vous y tenir, pour respecter les prix du marché) :

Type de métier Taux horaire moyen
Peintre en bâtiment 20 à 40 € HT
Jardinier paysagiste 20 à 40 € HT
Plaquiste 30 à 45 € HT
Électricien 30 à 60 € HT
Menuisier 30 à 65 € HT
Plombier 35 à 65 € HT
Couvreur 40 à 80 € HT

Naturellement, le coût de la main d’oeuvre représente votre taux horaire multiplié par le nombre d’heures nécessaires sur le chantier. Pour déterminer au mieux le temps nécessaire sur le chantier, le mieux est de détailler chaque tâche à réaliser, et d’estimer un temps pour chacune de ces tâches. Pensez à examiner en détail le lieu des travaux, pour anticiper les tâches qui pourraient nécessiter plus de temps que prévu.

Il n’est pas idiot de prévoir une marge de 5 à 10 % par rapport au temps qui vous paraît raisonnable, pour accuser les éventuels imprévus.

Chiffrer la main d’oeuvre sur un chantier

Naturellement, plus votre entreprise est vaste, et plus le calcul de la main d’oeuvre sera complexe. Si vous employez du personnel, il est important de calculer le coût horaire de chacun de vos salariés. Ce coût doit comprendre non seulement le salaire chargé du salarié, mais aussi les frais généraux de l’entreprise.

Globalement, votre coût de main d’oeuvre doit être calculé de la manière suivante : (Salaire chargé + Frais généraux) / Nombre d’heures travaillées dans l’année, avec :

  • Salaire chargé : le salaire du salarié, charges salariales comprises, sur une année.
  • Frais généraux : les charges fixes de votre entreprise (loyers, assurances, impôts, etc.) sur une année.
  • Nombre d’heures travaillées dans l’année : le nombre d’heures réellement travaillées dans l’année (retirez donc les jours fériés, les week-end et les congés).

Ce calcul peut vous permettre de définir le coût horaire de votre main d’oeuvre, c’est-à-dire leur coût de revient pour l’entreprise. Libre à vous d’y appliquer une marge pour définir le taux horaire de vos salariés. Naturellement, il faut alors veiller que le taux horaire proposé au client reste cohérent avec les prix du marché.

Chiffrer les frais de déplacement

Pour finaliser le chiffrage du chantier, il est intéressant de chiffrer également vos frais de déplacement.

En la matière, il existe différentes manières de chiffrer les frais de déplacement :

  • Les frais de déplacement fixes : c’est la méthode la plus courante. Elle consiste à appliquer des frais fixes à chaque chantier. En moyenne, les frais de déplacement sont établis entre 20 et 50 € par chantier.
  • Le calcul des frais kilométriques : il vous est possible de calculer les frais kilométriques au réel, pour les ajouter au devis. Cela se fait à partir de la puissance fiscale du véhicule, et du nombre de kilomètres à parcourir. Il faudra alors faire le calcul et bien anticiper le nombre d’allers-retours nécessaires sur le chantier.
  • Ne pas facturer spécifiquement le déplacement : vous pouvez enfin opter pour ne pas facturer les frais de déplacement. Il s’agit alors d’intégrer les frais de déplacement dans vos coûts, pour être certain de ne pas être perdant lors de votre intervention sur le chantier.

Comment connaître les prix du marché ?

Pour être certain de la pertinence de vos chiffrages de chantiers, ou de votre taux horaire, il est important de connaître les prix du marché.

Il existe différentes solutions pour connaître les tarifs du marché dans le bâtiment :

  • Réalisez une étude de marché et faites vous accompagner (par exemple par la CCI), de manière à avoir une vision plus claire du marché.
  • Demandez des devis à des professionnels locaux (ou demandez à des proches de le faire pour vous), pour connaître les tarifs de la concurrence.
  • Créez-vous un réseau local. Si vous travaillez avec un architecte, un maître d’oeuvre ou une grosse entreprise du bâtiment, ces derniers peuvent vous informer sur le prix des travaux.
  • Examinez les sites internet de vos concurrents et des entreprises locales, à la recherche d’informations sur leurs tarifs.
  • Consultez votre assureur professionnel. Il pourrait vous communiquer des informations sur les coûts moyens dans le BTP, puisque ses prestations sont souvent établies en fonction du coût des travaux.
  • Il existe des logiciels de chiffrage ou des bordereaux des prix des professionnels du bâtiment, tels que Batiprix. Ces derniers vous donnent des informations concrètes et détaillées sur le temps de pose d’un ouvrage, le coût estimé des fournitures et les tarifs estimés des professionnels. Disposer d’une telle bibliothèque de prix peut vous aider à mieux vous positionner sur le marché.

N’oubliez pas de prendre en compte le marché local. Les artisans installés à Paris ou dans les grandes-villes font souvent facturer des sommes plus importantes. Si vous êtes situé dans un petit village de province, il ne serait donc pas pertinent de vous comparer à des sociétés parisiennes.

Comment se positionner sur le marché du bâtiment ?

S’il est important de connaître le marché local, il l’est tout autant de se positionner sur le marché. Être l’artisan le moins cher n’est pas la seule option possible, loin de là. En revanche, avoir des tarifs élevés sans aucun argument pour les justifier risque de s’avérer problématique.

Le positionnement de vos tarifs d’artisan peut se faire de trois principales manières :

  • Les tarifs du marché : dans tous les cas, vous devez connaître les tarifs du marché. Se positionner sur les tarifs du marché vous permet d’être concurrentiel et vous évite de perdre des chantiers à cause de tarifs trop élevés.
  • Se positionner sous les prix du marché : être un artisan pas cher peut être une stratégie… mais elle a ses limites ! Cette technique est intéressante pour un artisan auto-entrepreneur ou pour un débutant. Des tarifs peu élevés vous aident à trouver des chantiers plus facilement, mais attention à rester rentable. Par ailleurs, vous risquez de nuire à votre image de marque à long terme si vous restez en-dessous des prix du marché.
  • Fixer des tarifs au-dessus de ceux du marché : se placer au-dessus des prix du marché est une technique ambitieuse, qui peut porter ses fruits si vous avez une vraie expérience ou une grande valeur ajoutée (par exemple si votre secteur comporte peu d’artisans, ou si vous disposez d’engins de chantiers rares dans la région). Cette option est à privilégier si votre entreprise est bien installée, et que vous pouvez vous permettre de refuser des clients.

Une bonne manière de lancer son entreprise du bâtiment est d’augmenter vos tarifs progressivement. Des tarifs peu élevés peuvent vous aider à vous faire une réputation, et vous serez à même d’augmenter vos tarifs progressivement, avec l’arrivée de nouveaux clients. Cette technique vous permet de tester les tarifs du marché, et vous aide à vous positionner sur le long terme.

Important : naturellement, vos tarifs doivent également être cohérents avec vos charges de structure. Au moment de lancer votre entreprise, il est primordial d’estimer le chiffre d’affaires minimum à réaliser pour atteindre la rentabilité. Prenez également en compte vos charges fiscales (RSI, TVA, CFE, etc.).

Mauvais chiffrage de chantier : quels risques ?

S’il ne faut jamais négliger le chiffrage du chantier, ce n’est pas par hasard ! En effet, se tromper dans le chiffrage d’un chantier peut avoir de lourdes conséquences.

Les risques du chantier sous-chiffré

Les risques liés à un mauvais chiffrage du chantier sont les plus évidents. Un chantier sous-chiffré risque de vous faire perdre de l’argent. C’est aussi simple que ça.

En effet, un devis travaux est une offre ferme, et l’artisan qui l’a édité n’est pas à même de facturer plus que la somme indiquée. En cas de grave imprévu ou de modification sur les travaux nécessaires, vous pourriez renégocier le devis, avec l’accord du client. En revanche, si vous avez mal calculé les coûts, il sera plus difficile de faire passer la pilule auprès de votre client.

Dans le meilleur des cas, votre client sera conciliant et acceptera de payer davantage (au risque de se plaindre par la suite et de poster un mauvais avis sur votre société). Dans le pire des cas, vous risquez d’avoir perdu votre temps et/ou votre argent sur un chantier non rentable.

Chiffrer un chantier trop cher

Il est tout à fait possible pour un artisan de chiffrer ses chantiers trop cher. Dans ce cas, établir des devis travaux aux montants trop élevés risque de faire fuir la clientèle. Si les devis que vous réalisez ne sont jamais acceptés par les clients, il se peut que cela soit lié au chiffrage.

Dans les faits, chiffrer des chantiers trop cher a un impact moins direct que de sous-chiffrer ses chantiers. En revanche, cela peut nuire considérablement à l’image de votre entreprise à long terme. Si vos clients considèrent rétrospectivement qu’ils ont payé trop cher, ils ne recommanderont pas vos services et seraient même tentés de les critiquer.

Vous savez désormais tout ce qu’il faut savoir sur le chiffrage des chantiers dans le bâtiment. Si vous avez des difficultés à faire signer vos devis, pensez à lire nos conseils pour convaincre un client à travailler avec vous.

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